Macroéconomie   |   2 septembre 2020

Jackson Hole – La nouvelle position de la Réserve fédérale sur l’inflation

Le président de la Réserve fédérale, J. Powell, a profité de la plateforme du symposium de Jackson Hole pour présenter la nouvelle méthode utilisée par la Réserve fédérale pour cibler l’inflation. La Réserve fédérale modifie son cadre en passant d’un objectif d’inflation de 2 % à un niveau d’inflation « qui est, en moyenne, à 2 % au fil du temps », ce qui signifie qu’elle compensera les périodes où l’inflation est inférieure au seuil de 2 % en permettant à l’inflation de dépasser légèrement l’objectif pendant d’autres périodes.

Jason Carvalho
Vice-président principal, Marchés institutionnels, Revenu fixe
Candice Bangsund
Vice-présidente et gestionnaire de portefeuille, Répartition globale de l'actif

Il est intéressant de noter que la Réserve fédérale ne s’engage pas à appliquer une formule numérique particulière pour mesurer le résultat (c’est-à-dire sur quelle période l’inflation moyenne sera fondée), l’appelant « une forme souple de ciblage de l’inflation moyenne ». Elle a donc conservé une certaine souplesse dans la conduite de ses politiques et ne s’est pas engagée à atteindre des objectifs précis qui pourraient être réalisables ou non.

Le changement de cadre reconnaît que la Réserve fédérale a eu de la difficulté à atteindre de façon durable la cible d’inflation de 2 % au cours de la dernière décennie. L’éventuel inconvénient de la sous-performance persistante de la cible est la baisse des anticipations d’inflation, ce qui se traduit finalement par une baisse des rendements pour les raisons suivantes: 1) les taux directeurs doivent demeurer accommodants afin d’influencer l’inflation à la hausse et 2) la baisse des anticipations d’inflation entraîne des compensations de rendement plus faibles pour les détenteurs d’obligations à long terme. Les faibles rendements limitent ultimement la marge de manoeuvre que la Réserve fédérale a pour baisser ses taux directeurs pour se défendre contre des périodes de récession, ce qui pourrait limiter l’efficacité des outils de politique monétaire.

 

« …notre nouvelle déclaration indique que nous chercherons à atteindre une inflation moyenne de 2% au fil du temps. Par conséquent, après des périodes où l’inflation est inférieure à 2%, une politique monétaire appropriée visera vraisemblablement à atteindre un niveau d’inflation légèrement supérieure à 2% pendant un certain temps. »

Président Jerome H. Powell. 27 août 2020

 

Le nouveau cadre devrait éventuellement faire monter les taux d’intérêt nominaux au fil du temps (lorsque l’économie pourra le maintenir), créant une marge de manoeuvre importante pour que les outils monétaires demeurent efficaces. L’annonce de la Réserve fédérale peut donc être considérée comme un signe que la politique restera accommodante pendant une longue période. Cela devrait réduire les attentes à l’égard de la trajectoire des taux directeurs et limiter efficacement tout mouvement à la hausse des rendements des obligations à long terme, du moins à court terme, car cela serait contraire aux objectifs de la Réserve fédérale. Tout signe indiquant que les taux augmentent à des niveaux défavorables sera probablement pris en compte afin de garantir que les objectifs de la nouvelle méthode puissent être atteints. Cela étant dit, la barre pour augmenter des taux directeurs a été relevée et nous devrions nous attendre à des taux plus bas pendant encore plus longtemps. Nous nous attendons à ce que les taux à long terme augmentent graduellement, alors que des prévisions d’inflation plus élevées commencent à être évaluées par le marché. Néanmoins, nous nous attendons à ce qu’ils restent relativement modestes par rapport à leur niveau d’il y a dix ans.

Incidence sur les actifs à risque

Ce changement notable du cadre de la politique monétaire de la Réserve fédérale a des répercussions extrêmement favorables pour les investisseurs en actions.

S’il est indéniable que l’environnement de taux d’intérêt très bas a entraîné une hausse des multiples d’évaluation et a agi comme une source cruciale de soutien pour les marchés boursiers depuis les creux du mois de mars, la bonne nouvelle est que cette orientation de politique monétaire très accommodante est là pour période prolongée et contribuera à guider à la fois l’économie et les marchés boursiers au cours des prochaines années.

Le résultat évident de l’assouplissement de la position de la Réserve fédérale en matière d’inflation est un environnement dans lequel les décideurs politiques laissent l’économie « tourner à plein régime » afin de compenser une décennie d’inflation inférieure à l’objectif. En effet, l’écart de production qui en a résulté et l’abondance des capacités inutilisées résultant de l’arrêt de l’activité économique en mars et avril ont soutenu l’inflation et permettront à la Réserve fédérale de poursuivre ces politiques monétaires extrêmement stimulantes dans un avenir prévisible. Cela implique que les taux d’intérêt seront fixés à un niveau inférieur et pendant une période plus longue que ce qui aurait été le cas historiquement afin de combler cet écart, ce qui déclenchera inévitablement une période de vigueur économique plus forte et plus profonde, ainsi qu’une hausse correspondante des anticipations d’inflation sans crainte d’un resserrement prématuré de la politique. Il en résultera un nouveau cycle de croissance forte et supérieure à la tendance qui suivra au cours des prochaines années. Dans ce contexte de relance, nous nous attendons à ce que les principaux indices boursiers continuent d’atteindre de nouveaux sommets. Les matières premières et autres actifs indexés sur l’inflation sont également des bénéficiaires probables et les investisseurs devraient considérer le changement de politique de la Réserve fédérale comme un important retournement de situation pour ces classes d’actifs au cours des 3 à 5 prochaines années au moins.

Impacts sur le revenu fixe

Pour les portefeuilles à revenu fixe, il sera important de s’assurer que les gestionnaires disposent d’un ensemble diversifié de sources de valeur ajoutée pour générer des rendements dans un environnement à faible rendement sans prendre de risques excessifs et protéger le capital si les rendements à long terme finissent par s’éloigner de leurs niveaux actuels. Notamment, un cadre et une approche disciplinés pour gérer la sensibilité des taux d’intérêt (la durée du portefeuille) et le positionnement le long de la courbe de rendement dans des domaines qui devraient être moins touchés à long terme, comme la sous-pondération des rendements des obligations à long terme. En outre, dans cet environnement économique plus fragile, alors que les investisseurs sont à la recherche de plus haut rendement, du crédit de haute qualité, tels que les obligations provinciales et les obligations de sociétés hautement notées, peuvent être un outil efficace pour améliorer les résultats tout en limitant les possibilités de décote et la volatilité indésirable des portefeuilles. Une gestion solide des risques sera primordiale pour le futur.

Par ailleurs, pour les investisseurs qui souhaitent supprimer l’exposition aux taux d’intérêt dans leurs portefeuilles, les stratégies obligataires de courte durée sont une option appropriée. Ils sont moins volatils et moins sensibles à la hausse des taux (bien que, comme nous l’avons mentionné, nous ne pensons pas que ce soit une préoccupation à court terme). Cependant, le rendement global du portefeuille est inférieur.

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